Maurice Pergnier : Du sémantique au poétique
Aimez-vous B...audelaire ?
Telle n'est pas exactement la question, mais plutôt le préalable, que pose Maurice Pergnier dans un petit livre que je viens de découvrir avec retard : Du Sémantique au Poétique ( L'Harmattan,1997).
Une pépite, toute de lumière, de finesse et de profondeur, comme j'en ai peu rencontré.
La question que pose Maurice Pergnier est : qu'est-ce qui fait l'extraordinaire beauté de tel vers de Baudelaire ?
L'auteur ne dédie pas moins de 40 pages à la recherche et l'exposition des trésors que Baudelaire a cachés dans un seul vers du poème Moesta et Errabunda ( tiré des Fleurs du Mal). Mais quel vers : « Mais le vert paradis des amours enfantines » !
Archéologue de la langue, Maurice Pergnier ( de son état professeur émérite de linguistique) a-t-il découvert le secret de l'art baudelairien ?
Pour vous en faire une idée, si vous aimez Baudelaire, faites comme moi : dévorez le petit livre Du Sémantique au Poétique ( qui vous transporte aussi chez Cocteau et Magritte dans ses autres chapîtres) , et jubilez ! Charles D.
Patrick Chamoiseau : une belle rencontre, un beau livre
En mai dernier, l'auteur antillais, Patrick Chamoiseau était l'invité de l'association LaRochellivre, j'ai eu la joie d'assister à cette rencontre. Avec une infinie gentillesse, avec une grande douceur, mais avec des mots forts et pertinents, il a parlé de son travail d'écrivain, des grands auteurs antillais, Aimé Césaire, Edouard Glissant. Dans notre ville, un port qui vécut de l'esclavage, il a abordé ses thèmes de prédilection, la créolité, les racines et la culture antillaises. Je connaissais de nom ce grand écrivain , mais je n'avais jamais lu de ses œuvres, à cette occasion , j'ai fait l'acquisition de Texaco, le roman qui lui a valu le Prix Goncourt en 1992. Avec beaucoup d'amabilité, il m'a fait une très belle dédicace, dans laquelle, un soleil, et des oiseaux entourent des mots très sympa. Joël C.
Texaco raconte la grande aventure du peuple antillais. " L'oiseau Cham " le " marqueur de paroles " recueillent les confidences d'une vieille femme, qui lui raconte cent cinquante ans de l'histoire de l'ile...
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Boris Vian au Panthéon des écrivains
J’suis snob, et dans cinquante ans, on m'lira dans la Pléiade… Il aurait pu, mais il ne l’a pas écrit, sans doute loin d’imaginer qu’il accéderait un jour à ce Panthéon des écrivains. Eh bien ça y est ! Les rayons de beaux livres vont s’animer du son de sa trompette, et les grands auteurs classiques vont swinguer ! L’image l’aurait fait marrer. Mais Gallimard a bien eu raison de prendre cette décision qui fait « boum ». Cet anarchiste surdoué au cœur sensible a ému des millions de lecteurs avec L’écume des jours, qui est un des plus beaux romans de la littérature contemporaine. Mais il a derrière sa courte vie laissé une œuvre dense (romans, nouvelles, scénarios), désormais rassemblée en 2768 pages (et deux tomes), qui donneront envie de se replonger dans cet univers parallèle, plein d’humour, de tendresse, de colère et de dérision. J’y retourne immédiatement… Jean-Claude T.
Stefan Zweig est un romancier et nouvelliste qui fait incontestablement partie des grands de l’histoire de la littérature. Mais il est aussi un biographe de talent,et sa dernière œuvre, écrite en 1941, est un court essai sur Montaigne, personnage qui semble le fasciner. Comme lui, Montaigne est un surdoué, quelque peu dilettante, et surtout un être épris de liberté absolue. Tout dans ce petit livre ramène le lecteur à une libération de toutes les emprises,qu’elles soient sociales, politiques , humaines ou profondément intérieures. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre ces deux personnalités, êtres libres avant tout, et surtout de penser à la force qu’a pu puiser Zweig dans la pensée intime de Montaigne, pour l’amener à choisir, quelques mois après avoir écrit cet ultime ouvrage, la plus terrible et la plus profonde des libertés, celle de choisir de ne plus vivre. Un livre court, dont la lecture est facilitée par le style clair et précis de Zweig, et qui en moins de 120 pages nous plonge dans l’intimité de Montaigne pour nous en apprendre l’essentiel. Jean-Claude T.
Rencontre avec Bruno Tessarech
Dans le cadre des cafés littéraires organisés par la Biliothèque d’Antony, nous avons récemment rencontré Bruno Tessarech, historien et philosophe, auteur du roman Les sentinelles, publié chez Grasset. Un moment d’échange d’une qualité rare…
Bruno Tessarech est un auteur avec qui on aime parler ! Il se dégage de lui autant de force et de conviction que de gentillesse, de simplicité et d’empathie pour ses interlocuteurs. On le sent totalement imprégné du difficile sujet traité dans son dernier roman : l’histoire de ces rares témoins de l’extermination des juifs, qui se sont heurtés au refus de savoir du reste du monde.
Bien qu’extérieur à la communauté juive, comme il le rappelle lui-même, cette obsession du silence devant le drame de la Shoah hante Tessarech depuis longtemps.
« J’avais été interpellé par l’histoire de Malaparte » explique-t-il en préambule.
Un ouvrage qu’il a publie en 2007 est consacré à l’histoire de ce journaliste italien, intégré dans l’armée allemande, et qui va jouer le double jeu : diffuser les informations officielles, et dissimuler au péril de sa vie une quantité de notes qui lui serviront à restituer les atrocités nazies dont il a été témoin.
« Kaputt est sans doute le plus grand roman qui ait été écrit sur cette période, affirme Bruno Tessarech. Le plus grand et le plus insoutenable ! Eh bien là je me suis posé vraiment des questions : Malaparte parle des atrocités de la guerre, mais pas un mot sur l’extermination des juifs ! Vous rendez-vous compte ? Malaparte, qui était au sein de l’armée allemande ne savait pas ! ». Obsédé par cette incroyable chape de silence entretenue par les dirigeants du monde entier, Bruno Tessarech se lance dans une recherche approfondie sur le sujet.
« Une chose me hante toujours, avoue-t-il : il n’y avait peut-être que trois ou quatre personnes, extérieures à l’organisation nazie, qui ont su, et personne ne les a crus ! Parce que ce sont des faits qui étaient trop dérangeants pour être admis… Or cela concerne nos parents, et nos grands parents, et c’est mon pays ! ».
L’auteur des Sentinelles est extrêmement ému lorsqu’il évoque son roman. Une véritable blessure associée à des faits inimaginables : lui-même essaye de comprendre comment le monde entier a ignoré l’extermination des juifs.
« Il est vrai que les camps, mis à part Auschwitz, étaient sur la frontière est de la Pologne, hors de portée des avions allés. Et les participants à la «solution finale» étaient menacés de mort s’ils parlaient »…
Ceux qui savaient, comme Jan Karski (dont la vie fait l’objet d’un autre roman, couronné cette année par le prix Interallié), étaient très peu nombreux, et n’ont jamais pu se faire entendre par les dirigeants des pays de l’ouest, que ce problème dérangeait.
« Pensez, explique Tessarech, que mon roman commence avec la conférence d’Evian. Vous connaissez la conférence d’Evian ? Oui, mais pas la même ! Personne ne connaît celle qui s’est tenue en 1938, et qui était censée résoudre le problème des réfugiés qui fuyaient l’Allemagne nazie. Pas un seul chef d’Etat, ni même un ministre… des sous-fifres, qui se sont lavés les mains de ce sujet embarrassant, et ont fini par se mettre d’accord sur la conclusion suivante : c’est le problème de l’Allemagne, c’est à elle de trouver la solution ! »
Bruno Tessarech a souhaité publier ses recherches sous la forme d’un roman historique, afin d’en faciliter la lecture. « Je suis un passeur », explique-t-il humblement. Mais il est avant tout un humaniste, révolté par l’oubli, le refus de savoir et la banalisation du mal.
« La lecture des Bienveillantes m’insupporte, avoue-t-il ; on n’a pas à expliquer ou justifier de tels actes ! ».
Il avoue aussi avoir eu beaucoup de difficultés à sortir ce cette période d’investigations et d’écriture, totalement bouleversé par son sujet.
« J’ai commencé à travailler sur un nouveau roman, mais j’ai du mal : je n’arrive pas encore à écrire les premières pages… ». Jean-Claude T .
Publiée il y a quelques mois, l’anthologie Romain Gary-Emile Ajar, Légendes du je, est un évènement marquant dans cette actualité littéraire : parue chez Gallimard, avec entre autres des romans et récits tels que Éducation européenne , La Promesse de l'aube , Chien blanc, Les Trésors de la mer Rouge, Les Enchanteurs, La Vie devant soi, cet ouvrage incontournable, à lire ou relire, fait partie à n’en pas douter du patrimoine littéraire qui traversera le temps. Alexis R.
Je suis une fervente admiratrice de Philippe Claudel et de ses livres. Je suis allée voir "Il y a longtemps que je t'aime" par curiosité en me demandant comment un écrivain allait se sortir de la mise en scène. Mais connaissant l'histoire et la sensibilité de P.Claudel, je n'étais pas très inquiète. J'ai retrouvé sa sensibilité dans le film et j'ai été trés émue. Ce n'est pas la scène explicative du geste de Juliette qui m'a le plus touchée, mais surtout l'histoire de cette femme et de son retour à la vie ; le dernier mot du film et de Juliette répondant à Michel "je suis là" est superbe. J'ai aussi beaucoup aimé les personnages de Michel et du capitaine Fauré, avec leurs sensibilités à fleur de peau. Je conseille à tout le monde de lire après avoir vu le film le livre de Philippe Claudel "La petite fabrique des rêves et des réalités" qui explique ses choix de mise en scène, ses doutes, ses inquiétudes, ses évidences, ses rapports avec l'équipe, les actrices etc... Dans ce livre, de très belles choses sont dites sur la culpabilté à propos du capitaine Fauré. Et puis, il y a ses remarques sur la prison et on se souvient alors de son livre "Le bruit des trousseaux" composé de petites scènes que Philippe Claudel a vu ou ressenti quand il enseignait en prison. Enfin, le livre propose le scénario et on s'aperçoit que certaines choses (lieux ou dialogues) ont été modifiées, ce qui est trés intéressant et instructif pour qui, comme moi, s'intéresse au cinéma et au tournage. Ce livre est donc un formidable complément au film. J'avais été boulerversée par "Le rapport de Brodeck" et la force de ce livre sur le mal ; je le suis autant par "Il y a longtemps que je t'aime" et la sensibilité de ce film sur l'amour. Anne T.
D'accord à 100% pour ces propos élogieux sur Philippe Claudel. C'est sans doute l'un des meilleurs écrivains français actuels. Il suffit de lire "Le rapport de Brodeck" pour s'en convaincre. Son style est superbe, très loin de cette mode qui consiste à malmener la langue pour faire bien ! Alexis R.
A lire ou relire absolument : Fernando Pessoa
Il est de ces auteurs atypiques devenus incontournables, dont l'œuvre est impressionnante autant par le volume que par la profondeur. On aime ou on n'aime pas Fernando PESSOA, ce portugais masqué, caché derrière plus d’une cinquantaine d'identités (des hétéronymes, disait-il), chantre de l'inexistence, mais il faut lui reconnaître un talent exceptionnel de chirurgien de l'âme humaine. On se perd avec vertige dans ses promenades au plus profond de l'individu.
On se prend à s'exclamer "c'est génial" à toutes les lignes, et pourtant, quel pessimisme !
PESSOA (mort en 1935) a passé sa vie d’employé de bureau à traîner son « inexistence » dans un espace restreint, ne quittant jamais son quartier de Lisbonne ; introverti, anxieux, il se révèle un poète et auteur de génie mais qui n’arrivera à publier qu’un seul livre. Il entassera tous ses écrits dans une malle d’où l’on ressortira plus de 27 000 manuscrits, signés d’une
multitude d’auteurs derrière lesquels il se cachait. Les échecs de sa vie sociale se subliment en apologies du seul repli sur son monde intérieur, et le conduisent à une exploration de l’âme, laissant de côté tout ce qui encombre de la vie et qui n’a finalement aucune importance, c'est-à-dire tout le reste.
Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands auteurs portugais. « Le livre de l’intranquillité » a été republié en édition intégrale : un chef-d’œuvre sur lequel il a travaillé plus de 20 ans, qui rassemble une grande quantité de textes, certains très courts, d’autres plus longs, sur tout et rien (surtout sur tout…), et qui constitue une sorte de carnet de bord de sa vie où l’on peut aller puiser quantité de réflexions aussi bien sur la pluie que sur les problèmes métaphysiques les plus angoissants. Curieusement, malgré la noirceur qui tient lieu de toile de fond à un désespoir chronique, on est enthousiasmé par sa qualité d’écriture et la profondeur de ses réflexions. Le chef-d’œuvre d’un iconoclaste promenant le lecteur dans une forêt de paradoxes : le plus sûr moyen de prendre un recul total sur toutes les idées reçues. Jean-Claude T.
L'Oulipo, ou la littérature déjantée
Vous connaissez l'Oulipo ? Moi j'adore... Vous prenez une bonne dose de logique, un peu de mathématiques, beaucoup d'humour, vous versez les mots et vous mélangez. C'est divin ! Voila ce que ça donne... " Je viens de recevoir ta dernière lettre et j'y réponds immédiatement. Tu me demandes si j'ai bien reçu ta dernière lettre et si j'ai l'intention d'y répondre. Je me permets de te faire remarquer que l'envoi de ta dernière lettre fait que la lettre que tu m'as envoyée précedemment n'est plus désormais ta dernière lettre et que si je réponds comme je suis en train de la faire à ta dernière lettre, je ne réponds pas à celle qui est maintenant ton avant-dernière lettre. Je ne peux donc satisfaire à la demande que tu me fais dans ta dernière lettre" (extrait de Pièces détachées, produit début 2008 au théâtre du Rond-Point). Si l'Oulipo vous tente, si vous aimez l'esprit de Raymond Queneau ou de Georges Perec, il y a un site officiel : www.oulipo.net. Jean-Claude T.
SOMMAIRE
Découvrir Maurice Pernier
Rencontre avec Patrick Chamoiseau
Boris Vian à la PLéiade
Montaigne, par Zweig
Rencontre avec Bruno Tessarech
Relire Romain Gary
L'art de Philippe Claudel
Fernando Pessoa
L'Oulipo
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