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Coups de cœur

Libre à vous d'enrichir cette rubrique, si vous souhaitez publier un article sur un auteur,
un thème ou un évènement
littéraire.

Montaigne, l'homme libre

Stefan Zweig est un romancier et nouvelliste qui fait incontestablement partie des grands de l’histoire de la littérature. Mais il est aussi un biographe de talent,et sa dernière œuvre, écrite en 1941, est un court essai sur Montaigne, personnagemontaigne qui semble le fasciner. Comme lui, Montaigne est un surdoué, quelque peu dilettante, et surtout un être épris de liberté absolue. Tout dans ce petit livre ramène le lecteur à une libération de toutes les emprises,qu’elles soient sociales, politiques , humaines ou profondément intérieures. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre ces deux personnalités, êtres libres avant tout, et surtout de penser à la force qu’a pu puiser Zweig dans la pensée intime de Montaigne, pour l’amener à choisir, quelques mois après avoir écrit cet ultime ouvrage, la plus terrible et la plus profonde des libertés, celle de choisir de ne plus vivre. Un livre court, dont la lecture est facilitée par le style clair et précis de Zweig, et qui en moins de 120 pages nous plonge dans l’intimité de Montaigne pour nous en apprendre l’essentiel. Jean-Claude T


TESSARECH RENCONTRE AVEC BRUNO TESSARECH
Dans le cadre des cafés littéraires organisés par la Biliothèque d’Antony, nous avons récemment rencontré Bruno Tessarech, historien et philosophe, auteur du roman Les sentinelles, publié chez Grasset. Un moment d’échange d’une qualité rare…

Bruno Tessarech est un auteur avec qui on aime parler ! Il se dégage de lui autant de force et de conviction que de gentillesse, de simplicité et d’empathie pour ses interlocuteurs. On le sent totalement imprégné du difficile sujet traité dans son dernier roman : l’histoire de ces rares témoins de l’extermination des juifs, qui se sont heurtés au refus de savoir du reste du monde.
Bien qu’extérieur à la communauté juive, comme il le rappelle lui-même, cette obsession du silence devant le drame de la Shoah hante Tessarech depuis longtemps. 
« J’avais été interpellé par l’histoire de Malaparte » explique-t-il en préambule.
Un ouvrage qu’il a publie en 2007 est consacré à l’histoire de ce journaliste italien, intégré dans l’armée allemande, et qui va jouer le double jeu : diffuser les informations officielles, et dissimuler au péril de sa vie une quantité de notes qui lui serviront à restituer les atrocités nazies dont il a été témoin.
« Kaputt  est sans doute le plus grand roman qui ait été écrit sur cette période, affirme Bruno Tessarech. Le plus grand et le plus insoutenable ! Eh bien là je me suis posé vraiment des questions : Malaparte parle des atrocités de la guerre, mais pas un mot sur l’extermination des juifs ! Vous rendez-vous compte ? Malaparte, qui était au sein de l’armée allemande ne savait pas ! ».

Obsédé par cette incroyable chape de silence entretenue par les dirigeants du monde entier, Bruno Tessarech se lance dans une recherche approfondie sur le sujet.
« Une chose me hante toujours, avoue-t-il : il n’y avait peut-être que trois ou quatre personnes, extérieures à l’organisation nazie, qui ont su, et personne ne les a crus ! Parce que ce sont des faits qui étaient trop dérangeants pour être admis… Or cela concerne nos parents, et nos grands parents, et c’est mon pays ! ».

L’auteur des Sentinelles est extrêmement ému lorsqu’il évoque son roman. Une véritable blessure associée à des faits inimaginables : lui-même essaye de comprendre comment le monde entier a ignoré l’extermination des juifs.
« Il est vrai que les camps, mis à part Auschwitz, étaient sur la frontière est de la Pologne, hors de portée des avions allés. Et les participants à la «solution finale» étaient menacés de mort s’ils parlaient »…
Ceux qui savaient, comme Jan Karski (dont la vie fait l’objet d’un autre roman, couronné cette année par le prix Interallié), étaient très peu nombreux, et n’ont jamais pu se faire entendre par les dirigeants des pays de l’ouest, que ce problème dérangeait.
« Pensez, explique Tessarech, que mon roman commence avec la conférence d’Evian. Vous connaissez la conférence d’Evian ? Oui, mais pas la même ! Personne ne connaît celle qui s’est tenue en 1938, et qui était censée résoudre le problème des réfugiés qui fuyaient l’Allemagne nazie. Pas un seul chef d’Etat, ni même un ministre… des sous-fifres, qui se sont lavés les mains de ce sujet embarrassant, et ont fini par se mettre d’accord sur la conclusion suivante : c’est le problème de l’Allemagne, c’est à elle de trouver la solution ! » 

Bruno Tessarech a souhaité publier ses recherches sous la forme d’un roman historique, afin d’en faciliter la lecture. « Je suis un passeur », explique-t-il humblement. Mais il est avant tout un humaniste, révolté par l’oubli, le refus de savoir et la banalisation du mal.
« La lecture des Bienveillantes m’insupporte, avoue-t-il ; on n’a pas à expliquer ou justifier de tels actes ! ».
Il avoue aussi avoir eu beaucoup de difficultés à sortir ce cette période d’investigations et d’écriture, totalement bouleversé par son sujet.
« J’ai commencé à travailler sur un nouveau roman, mais j’ai du mal : je n’arrive pas encore à écrire les premières pages… ».  
Jean-Claude T - décembre 09


gary  Lire ou relire Romain Gary

Publiée il y a quelques mois, l’anthologie Romain Gary-Emile Ajar, Légendes du je, est un évènement marquant dans cette actualité littéraire : parue chez Gallimard, avec entre autres des romans et récits tels que  Éducation européenne , La Promesse de l'aube , Chien blanc, Les Trésors de la mer Rouge, Les Enchanteurs, La Vie devant soi, cet ouvrage incontournable, à lire ou relire,  fait partie à n’en pas douter du patrimoine littéraire qui traversera le temps.  
Alexis R.



CLAUDEL L'ART  DE PHILIPPE CLAUDEL

puce b Je suis une fervente admiratrice de Philippe Claudel et de ses livres. Je suis allée voir "Il y a longtemps que je t'aime" par curiosité en me demandant comment un écrivain allait se sortir de la mise en scène. Mais connaissant l'histoire et la sensibilité de P.Claudel, je n'étais pas très inquiète. J'ai retrouvé sa sensibilité dans le film et j'ai été trés émue. Ce n'est pas la scène explicative du geste de Juliette qui m'a le plus touchée, mais surtout l'histoire de cette femme et de son retour à la vie ; le dernier mot du film et de Juliette répondant à Michel "je suis là" est superbe. J'ai aussi beaucoup aimé les personnages de Michel et du capitaine Fauré, avec leurs sensibilités à fleur de peau. Je conseille à tout le monde de lire après avoir vu le film le livre de Philippe Claudel "La petite fabrique des rêves et des réalités" qui explique ses choix de mise en scène, ses doutes, ses inquiétudes, ses évidences, ses rapports avec l'équipe, les actrices etc... Dans ce livre, de très belles choses sont dites sur la culpabilté à propos du capitaine Fauré. Et puis, il y a ses remarques sur la prison et on se souvient alors de son livre "Le bruit des trousseaux" composé de petites scènes que Philippe Claudel a vu ou ressenti quand il enseignait en prison. Enfin, le livre propose le scénario et on s'aperçoit que certaines choses (lieux ou dialogues) ont été modifiées, ce qui est trés intéressant et instructif pour qui, comme moi, s'intéresse au cinéma et au tournage. Ce livre est donc un formidable complément au film. J'avais été boulerversée par "Le rapport de Brodeck" et la force de ce livre sur le mal ; je le suis autant par "Il y a longtemps que je t'aime" et la sensibilité de ce film sur l'amour. (Anne T.)

puce b D'accord à 100% pour ces propos élogieux sur Philippe Claudel. C'est sans doute l'un des meilleurs écrivains français actuels. Il suffit de lire "Le rapport de Brodeck" pour s'en convaincre. Son style est superbe, très loin de cette mode qui consiste à malmener la langue pour faire bien ! (Alexis R.)


pessoasm A LIRE OU RELIRE ABSOLUMENT : FERNANDO PESSOA

Il est de ces auteurs atypiques devenus incontournables, dont l'œuvre est impressionnante autant par le volume que par la profondeur. On aime ou on n'aime pas Fernando PESSOA, ce portugais masqué, caché derrière plus d’une cinquantaine d'identités (des hétéronymes, disait-il), chantre de l'inexistence, mais il faut lui reconnaître un talent exceptionnel de chirurgien de l'âme humaine. On se perd avec vertige dans ses promenades au plus profond de l'individu.
On se prend à s'exclamer "c'est génial" à toutes les lignes, et pourtant, quel pessimisme !

PESSOA (mort en 1935) a passé sa vie d’employé de bureau à traîner son « inexistence » dans un espace restreint, ne quittant jamais son quartier de Lisbonne ; introverti, anxieux, il se révèle un poète et auteur de génie mais qui n’arrivera à publier qu’un seul livre. Il entassera tous ses écrits dans une malle d’où l’on ressortira plus de 27 000 manuscrits, signés d’une multitude d’auteurs derrière lesquels il se cachait. Les échecs de sa vie sociale se subliment en apologies du seul repli sur son monde intérieur, et le conduisent à une exploration de l’âme, laissant de côté tout ce qui encombre de la vie et qui n’a finalement aucune importance, c'est-à-dire tout le reste.

Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands auteurs portugais. « Le livre de l’intranquillité » a été republié en édition intégrale : un chef-d’œuvre sur lequel il a travaillé plus de 20 ans, qui rassemble une grande quantité de textes, certains très courts, d’autres plus longs, sur tout et rien (surtout sur tout…), et qui constitue une sorte de carnet de bord de sa vie où l’on peut aller puiser quantité de réflexions aussi bien sur la pluie que sur les problèmes métaphysiques les plus angoissants. Curieusement, malgré la noirceur qui tient lieu de toile de fond à un désespoir chronique, on est enthousiasmé par sa qualité d’écriture et la profondeur de ses réflexions. Le chef-d’œuvre d’un iconoclaste promenant le lecteur dans une forêt de paradoxes : le plus sûr moyen de prendre un recul total sur toutes les idées reçues.

A conserver sur sa table de chevet…

 Quelques extraits du "livre de l’intranquillité"

... Dans la vérité et dans l’erreur, dans le plaisir et dans l’ennui, sois ton être véritable. Tu n’y parviendras qu’en rêvant, parce que ta vie rééelle, ta vie humaine, c’est celle qui, loin de t’appartenir, appartient aux autres. Tu remplaceras donc la vie par le rêve, et ne te soucieras que de rêver à la perfection. Dans aucun des actes de la vie réelle, depuis l’acte de naître jusqu’à celui de mourir, tu n’agis vraiment : tu es agi ; tu ne vis pas : tu es seulement vécu...
... Mon âme est un orchestre caché ; je ne sais de quels instruments il joue et résonne en moi, cordes, harpes, cymbales et tambours. Je ne me connais que comme symphonie...
... Je suis aujourd’hui un ascète  dans la religion de moi-même. Une tasse de café, une cigarette et mes rêves peuvent parfaitement remplacer le ciel, les étoiles, le travail, l’amour et même la beauté ou la gloire. Je n’ai pour ainsi dire aucun besoin de stimulants. Mon opium, je le trouve dans mon âme...

... Nous attribuons généralement  à nos idées sur l’inconnu la couleur de nos conceptions sur le connu : si nous appelons la mort un sommeil, c’est qu’elle ressemble du dehors à un sommeil ; si nous appelons la mort une vie nouvelle, c’est qu’elle paraît être une chose différente de la vie. C’est grâce à ces petits malentendus avec le réel que nous construisons nos croyances, nos espoirs – et nous vivons de croûtes de pain baptisées gâteaux, comme font les enfants pauvres qui jouent à être heureux .



 L'OULIPO

Vous connaissez l'Oulipo ? Moi j'adore... Vous prenez une bonne dose de logique, un peu de mathématiques, beaucoup d'humour, vous versez les mots et vous mélangez. C'est divin ! Voila ce que ça donne... " Je viens de recevoir ta dernière lettre et  j'y réponds immédiatement. Tu me demandes si j'ai bien reçu ta dernière lettre et si j'ai l'intention d'y répondre. Je me permets de te faire remarquer que l'envoi de ta dernière lettre fait que la lettre que tu m'as envoyée précedemment n'est plus désormais ta dernière lettre et que si je réponds comme je suis en train de la faire à ta dernière lettre, je ne réponds pas à celle qui est maintenant ton avant-dernière lettre. Je ne peux donc satisfaire à la demande que tu me fais dans ta dernière lettre" (extrait de Pièces détachées, produit début 2008 au théâtre du Rond-Point). Si l'Oulipo vous tente, si vous aimez l'esprit de Raymond Queneau ou  de Georges Perec, il y a un site officiel : www.oulipo.net. Jean-Claude T.